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IDENTIFICATION LETTRE : 82

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Portefeuille : VI    
Lieu : Trois-Ilets
Expéditeur : Mme de La Pagerie, Mère de Joséphine  
Destinataire : Joséphine
Date républicaine : 12 Vendémiaire An XII 
Date grégorienne : 5 octobre 1803
 
Voilà tout à l'heure huit mois, Ma Chère Yeyette, que je n'ai reçu de vos nouvelles et les circonstances où nous nous trouvons me font craindre de n'en pas avoir de si tôt. Nous savons par les papiers publics l'état dans lequel se trouve la France, les projets de votre cher mari et les appréhensions de nos ennemis.
Aussi, sommes-nous parfaitement tranquilles ici ; mais, avouez, Ma Chère Fille, qu'il est bien cruel d'être séparée de ce qu'on a de plus cher et de ne devoir qu'à des nouvelles étrangères celles qu'on peut en recevoir. Vous avez dû en recevoir des miennes par le Général Noguès : c'est le seul peut-être de tous ceux qui se sont chargés de mes lettres qui sera parvenu directement en France. Jérôme ara-t-il eu le même bonheur ? C'est ce que je désire bien sincèrement. Nous avons appris ici qu'il avait échappé à la surveillance des Anglais jusqu'en Amérique. J'espère que l'heureuse étoile de son frère ne l'aura pas abandonné.

Je connais, Ma Chère Yeyette, votre attachement pour moi. Je ne doute pas de la sincérité desdésirs que vous me manifestiez de m'avoir près de vous : je ne vous répéterai pas tout ce que je vous ai déjà dit à ce sujet ; je suis immuable dans mes principes,
même dans ma tendresse pour vous. Nous sommes placés ici bas
par le décret de la Providence. Vous êtes réservée à faire le bonheur du héros de la France, et moi, pour adresser une prière au Ciel pour sa conservation : c'est le soin auquel je me suis consacrée et qui seul peut me dédommager de notre séparation. Mais je ne veux pas finir mes jours sans vous laisser un gage qui vous rappelle à chaque instant votre bonne maman. Je juge de vous, Ma Chère Fille, par moi. Il n'y a pas de jour que je ne porte mes regards sur ces images chéries que vous m'avez envoyées. Je viens de passer près d'un mois au Fort-de-France chez le Général ; c'est la plus forte débauche que je me sois permise. J'ai cru qu'il ne voudrait plus me laisser revenir dans mon ermitage. Il s'y est trouvé une femme qui peint assez bien et qui a le grand mérite d'attraper au mieux la ressemblance. J'ai profité de mon séjour pour me faire peindre. Faites voir, Ma Chère Fille, à votre digne époux ce portrait. Il verra les traits d'une bonne maman qui donnerait sa vie pour le presser un instant dans ses bras.

J'ai chargé Maupertuis de vous le porter. C'est une marque d'amitié que j'ai été bien aise de lui donner pour reconnaître son attachement dont il n'a cessé de me donner des preuves. Il m'est impossible, Ma Chère Fille, de m'acquitter envers lui : c'est une dette que je vous charge de payer. Faites lui, je vous prie, le meilleur accueil ; donnez lui les moyens de vous voir. Il est homme de bonne compagnie. Il a été nommé ici par le Général qui l'aime et l'estime à une place que la circonstance où nous nous trouvons l'a empêché d'exercer jusqu'à présent. Je ne doute pas qu'il ne l'ait ; c'est une place coloniale et qui demande un homme intègre et connu.

Maupertuis, en partant pour la France et ne sachant pas comment
y apporter de l'argent sans risques, et connaissant mes besoins, m'a remis six-mille livres pour lesquelles je lui ai donné une lettre d'échange sur vous. Je vous prie, Ma Chère Yeyette, d'y faire honneur ; et si les circonstances faisaient qu'il eut recours à vous pour quelques secours, comptez lui, je vous prie, ce qui lui serait nécessaire. Je m'arrangerai pour celà ici avec ma famille. Il vous fera mention de beaucoup de choses que je ne vous marque pas. Il connaît ma position ; j'ai en lui la plus grande confiance ; il causera avec vous de tout ce qui me regarde. Je désirerais bien qu'il pût être de retour ici bientôt : nous aurions alors de vos nouvelles. Il passe par la Nouvelle-Angleterre et dans une saison bien rude. Il est aussi chargé des paquets du Général et du Préfet
pour le Ministre. Jusqu'à présent, Ma Chère Fille, je n'ai jamais importuné votre mari pour personne. Présentez lui Maupertuis ; dites lui que sa bonne maman lui demande ses bontés pour ce parent. Je vous garantis qu'il justifiera votre bienveillance.

Adieu, Ma Chère Yeyette. Embrassez toute votre famille pour moi. Donnez moi surtout de vos nouvelles ; aimez-moi bien et croyez à ma tendresse sans borne.

S/ Sanois Lapagerie

Je vous avais envoyé des bois, des confitures et beaucoup d'autres choses ; mais, presque tous les bâtiments ont été pris. J'ai remis à Maupertuis 6 bouteilles de tabac excellentes pour le Premier Consul. Il m'a bien promis de les conserver soigneusement.

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