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IDENTIFICATION LETTRE : 79

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Portefeuille :    
Lieu : Trois-Ilets
Expéditeur : Mme de La Pagerie, Mère de Joséphine  
Destinataire : Joséphine
Date républicaine :  
Date grégorienne : 22 mars 1784
 
Que je désire d'être auprès de vous, Ma chère Fille. Mon coeur y vole pour celà et plus aujourd'hui que jamais si ma tendresse s'est alarmée. Lors de votre départ, je n'avais certainement aucun pressentiment de toutes les horreurs qui vous accablent. Toutes les noirceurs exercées envers vous ne peuvent se concevoir ; toutes les âmes honnêtes ne peuvent encore le croire ; et il n'y a que celles qui ont tout perdu qui peuvent les inventer. Votre mari a dit à une personne qui vous touche de près que Madame de Longpré de la Touche lui avait dit des horreurs de votre tante Rosette ; que c'était cette même dame de la Touche qui lui avait fait observer chez les demoiselles Hurault au moment où on se félicitait de votre accouchement que votre fille ne pouvait être à lui attendu qu'il se manquait une dizaine de jours pour parfaire les neuf mois, terme toujours préfixe, ajoutait-elle ; disant que les femmes retardaient plutôt qu'elles n'avançaient. C'est le moment où votre mari se livrait à la joie d'avoir une fille qu'elle choisit pour ses monstrueux projets ; c'est à cette époque qu'il a commençé à questionner les esclaves qui vous avaient servie. N'ayant pu tirer rien de satisfaisant à ses noires idées de Brigitte, il l'a voulu séduire aussi par l'appas de l'argent et en faisant valoir une confidence qu'il disait que vous lui aviez faite, que Brigitte m'a rendu en ces termes.

Monsieur le Vicomte ayant mis toutes sortes de moyens en usage pour arracher de moi un aveu défavorable à la conduite de ma maîtresse, comme je lui ai protesté sans cesse que toutes les personnes qui l'avaient connue n'avaient cessé de l'estimer, de la chérir et de la respecter ; qu'à son départ elle avait emporté avec elle les regrets et l'amitié de ces mêmes personnes ; que je lui avais connu la moindre inclination ; qu'étant fort douce, fort aimable, celà avait pu attirer chez Monsieur son père des officiers de troupes et de la marine tant de la connaissance de Monsieur son père que de Monsieur son oncle qui est attaché à la marine, mais qu'elle n'avait jamais été seule nulle part ; que Madame sa mère, son père et son oncle l'avait toujours accompagnée ; que c'était le seul témoignage que je pouvais lui rendre que je n'avais su que personne lui eut écrit ; qu'elle était bien innocente de tous les torts qu'il voulait lui donner ; qu'enfin je l'attestais devant Dieu, mon créateur ; il me répliqua :

- Tiens, Brigitte. Ta maîtresse m'a fait l'aveu qu'elle avait plusieurs fois écrit à Monsieur d'H... que c'était toi qui serrais ses lettres dans ta capote de crainte que sa mère ne les surprit ; que tu devais encore en avoir qu'elle m'a chargé de te demander. Comme aujourd'hui je suis son mari, il serait désagréable pour moi que ces lettres seraient vues. Rends les moi et j'aurai bien soin de toi. Tiens, je te donnerai dix moïdes pour chaque lettre. Donne m'en seulement une, je te fais présent de vingt moïdes.

- Comme je lui protestais toujours que ma maîtresse n'avait pu lui faire cette confidence puisque jamais je ne lui avais connu d'amourette ni qu'elle eut écrit à personne ; que je pouvais lui dire autre chose, alors il me réitéra ses promesses en disant :

- Ne sois point intimidée. Tu n'as rien à craindre puisque c'est ta maîtresse qui m'a dit de te les demander.

- Moi, Monsieur, lui répliquai-je, je ne crains rien. Je n'ai pas de lettre. Je ne connais personne à qui ma maîtresse ait écrit. Elle ne m'en a jamais donné ; elle ne peut vous avoir dit que j'en avais.
Je crains si peu, que vous pourriez me mettre entre les mains de la justice et même à la torture, que je ne pourrais dire autre chose.

- Eh bien, tu ne veux rien me dire. Garde toi bien de parler de ce que je t'ai dit car, si tu en parles, tu auras à faire à moi. Ta vie en dépend. Ainsi, songe à n'en pas souffler mot à qui que ce soit !

- L'ayant fâché, je n'osais plus le voir. Cependant, comme il fut bien malade, je pris sur moi de l'aller voir : il me fit aussitôt retirer en me disant : vas t'en. tu pues le musc !

Il a fait à peu près les mêmes demandes à Maximin qui proteste ne lui avoir jamais dit ce qu'il dit qu'il a dit. Je le tiens toujours à La Chaine où il est bien nourri. Votre mari lui a donné quelques moïdes en deux fois. Il a voulu corrompre juqu'au petit Sylvestre qui, à l'époque de votre départ, n'avait que cinq ans.

Madame D... dont il a fait les beaux jours est suivant les apparences une de vos calomniatrices, car il était toujours chez elle surtout depuis sa maladie ; et c'est chez elle qu'il vous a écrit par Madame de La Touche. Son mari, homme honnête et respectable, qui est certain de ses infidélités avec le Vicomte, l'a fort mal traitée et tenue longtemps enfermée depuis le départ du Vicomte. Il dit même lui avoir écrit une lettre foudroyante sur l'abus qu'il avait fait de l'hospitalité amicale qu'il lui avait donné dans sa maison. Votre mari doit être obligé de dénommer les personnes qui vous ont si souvent outrageusement calomniée. L'horreur de leur complot est encore plus enveloppé de mystère. N'épargne rien pour en rompre le voile. Je vais de mon côté tout mettre en usage pour découvrir les complices de ces noirceurs : compte toujours sur toute ma tendresse. Oui, Ma Chère Fille, vous m'en devenez encore plus chère parce que vous êtes malheureuse. Toutes vos connaissances et vos amies vous plaignent et sont remplies d'indignation de vous savoir si abominablement outragée. Si vous pouvez après vous être blanchie revenir dans votre patrie, leurs bras seront toujours ouverts pour vous recevoir et vous les trouverez encore plus sensibles et plus portés à vous consoler des injustices que vous éprouvez.

Adieu, Ma Chère Fille. N'oubliez pas d'avoir recours à Dieu. Il n'abandonne jamais les siens. Tôt ou tard, il terrassera vos ennemis. Votre soeur vous embrasse de toute son âme. Elle gémit sur vos maux et les sent bien vivement. Votre grand-maman est bien affligée. Votre papa vous écrit. Mille choses obligeantes de ma part à votre tante. Embrassez la pour moi de tout votre coeur comme je vous embrasse. Je serai toujours votre tendre mère.

S/Sanois La Pagerie

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