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IDENTIFICATION LETTRE : 345

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Portefeuille : I    
Lieu : Saint-Pierre (Martinique)
Expéditeur : Baronne de Tascher de La Pagerie  
Destinataire : ses enfants
Date républicaine :  
Date grégorienne : 2 juin 1804
 
Depuis mes lettres écrites, Mes Chers Enfants, j'ai eu la douce satisfaction de recevoir les vôtres du 3 au 5 février dernier qu'a eu la bonté votre chère tante de m'envoyer, m'en écrivant une bien amicale pour me donner des nouvelles de ses chers enfants, me dire l'éloge que lui fait ma chère nièce, Madame Bonaparte, de vous tous. Et vous concevez, j'espère, Mes Chers Enfants, de combien ma joie a augmenté d'après cet article de ma chère belle-soeur de voir que vous nous rendiez dignes des soins et bontés qu'a pour vous sa chère fille et le Premier Consul, de songer que vous vous rendiez dignes d'être alliés au sauveur de la France, à sa digne épouse et, par conséquent, que vous avez tous effectué mes leçons, mes recommandations lorsque vous m'avez quittée ; en un mot, Mes Chers Amis, que mes voeux pour vous au Ciel sont exaucés puisque vous méritez des louanges de ma chère nièce et de son digne époux. Continuez toujours de même, Mes Bons Amis, et toi, Ma Chère Stéphanie. De grâce, soyez toujours ce que vous êtes pour d'aussi bons parents : rendez vous toujours dignes d'eux. Si vous vouliez m'entretenir ma tendresse pour vous tous, si vous vouliez que je sois heureuse privée de vous, il n'est que ce moyen au monde. Alors, je vous bénirai jour et nuit et remercierai le Seigneur de m'avoir fait mère de tels enfants ; et je le prierai comme je le fais depuis vos naissances pour vos bonheur, santé et prospérité, comme aussi pour les mobiles de ce sort qui est ma chère nièce, le Premier Consul Français et leurs chers enfants. Présente-leur, je te prie, tous les témoignages de ma vive reconnaissance, de même que respect et amitiés les plus sincères qui ne cesseront qu'avec mon existence.

Vos lettres, Mes Chers Enfants, m'ont fait n plaisir bien difficile à définir ; il faut être mère tendre pour pouvoir l'éprouver et même s'en faire une idée puisque vous tous ne me parlez que de santé, bonheur, satisfactions de toutes espèces dont vous jouissez auprès de votre second père et de votre seconde mère. Ma santé s'en est déjà ressentie depuis huit jours que j'ai reçu ces chères preuves de vos souvenirs. Je souris plus volontiers : ce qui ne m'était plus arrivé depuis plus d'un an. Enfin, Mes Bons Amis, je me trouve heureuse : ce qui ne m'était plus arrivé depuis plus d'un an. Enfin, Mes Bons Amis, je me trouve heureuse : ce qui ne m'était pas arrivé depuis l'année 1801. Le 5 janvier qu'ont commencé mes chagrins, rapport à ma qualité de mère et d'épouse, vous étiez tous ici alors. Vous les connaissiez aussi bien que moi. Passons là-dessus puisque vous existez tous et que vous êtes heureux.

Tascher est donc en voyage. J'en suis fort aise et je pense qu'à présent il doit être de retour puisau'il ne devait être que trois mois absent. Ainsi donc, il a part à cette lettre, à tout ce qu'elle renferme ; et je vous engage, tous les cadets, d'avoir pour lui les sentiments et égards qu'il mérite à tant de titres de vous. Songez que, comme l'aîné, et méritant autant par lui-même qu'après le Premier Consul, ma chère nièce, votre père et moi, Tascher a droit sur vous, tant pour les soins, conseils que corrections s'il en était besoin. Songez que je l'ai dit à tous à votre départ et vous le répète encore quoique bien persuadée qu'il n'en est pas autrement de vous tous à lui.

Toi, Ma Chère Stéphanie, Ma Bonne Amie, je t'envoie par notre ami Guignard, outre les objets mentionnés dans ma lettre à toi seule, une cassette que je te prie d'offrir à ta seconde maman, à ta chère marraine et à ta chère cousine de ta part. Prie lui de mettre sur la toilette de ton parrain de ta part le singulier plat à barbe, la boîte à éponge et savonnette et la gourdine pour boire à la chasse. Ces bagatelles, fruits de la Martinique, berceau de son époux, lui feront sûrement rêver et plaisir. Il y a deux petits sachets pour les chers Eugène et Louis-Bonaparte, et ce qu'ils contiennent sont encore fruits et graines e notre pays. L'étui que Numa prend la liberté d'offrir à ta marraine n'a de prix que dans son contenu : fais lui faire cette attention. Des trois sacs à ouvrage en cuir, tes chères cousines choisiront et tu prendras le troisième. Prie ta chère marraine de donner à notre cher petit Napoléon de toutes ces bagatelles dès qu'elle croira l'amuser davantage et embrasse-le pour moi. En un mot, Cher Enfant, fais auprès de ces chères personnes tout ce que tu croiras pouvoir leur prouver : et mon sincère attachement et ma gratitude. Oui, Mes Chers Enfants, soyez tous mes interprètes et n'omettez, je vous conjure, rien à dire ou à faire pour l'être fidèlement, c'est-à-dire tel que mon coeur l'éprouve et désire le leur prouver à tous, même au péril de ma vie.

Aucun de vous, Mes Bons Enfants, ne me parlez de nos amis. Laboissière, Ferrière, Saint-Auvin, Fayol, Gay, Rouillard (mes enfants adoptifs pour les avoir retirés des bras de la mort), que sont donc devenus tous ces pauvres malheureux ? Leur serait-il arrivé quelqu'accident ? Et Ferrière et Fayol (de même que les deux derniers qu'on nous a dit pris sur le brick L'Epervier) seraient-ils encore prisonniers en Angleterre ? Ah, je désire bien que non et que ce ne soit que par oubli ou trop pressé par l'occasion que vous ne m'en avez pas parlé. Mais de grâce, à l'avenir,faites-le car vous savez tous combien que nous tous ici leur sommes attachés et combien ils méritent de nous ce sentiments d'intérêt.

Par la lettre de votre tante Lapagerie que j'ai reçue, il n'y a que quatre jours, en me renvoyant les vôtres qu'elle m'avait envoyé cachetées et dont je lui donnais communication, il paraît que sa santé et celle de votre père étaient parfaitement bonnes car elle me disait l'avoir envoyé chercher et l'attendre pour prendre part à sa joie des lettres qu'elle avait reçues de sa chère fille. Je lui ai fait passer les vôtres, indécis si vous tous avez eu le temps de lui écrire. Aussi, ne manquez jamais à ce devoir, Mes Chers Enfants, que je vous passerai plutôt ou tard envers moi qu'envers lui.

Adieu. Je vous embrasse tous, Mes Chers et Bons Enfants, comme je vous aime. Vous saurez que c'est de tout mon coeur. Votre frère en fait de même ; et songez que je ne puis exister loin de vous tous que par vos lettres. De grâce, ne m'en privez pas si surtout vous voulez prouver tendresse et souvenir à votre maman.

/ S / la Bonne Tascher de Lapagerie

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