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IDENTIFICATION LETTRE : 328

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Portefeuille : Hanoteau, P. 96 à 10    
Lieu : Malmaison
Expéditeur : Impératrice Joséphine  
Destinataire : Prince Eugène
Date républicaine :  
Date grégorienne : 24 février 1812
 
J'ai reçu ta lettre du 17, mon cher Eugène. Elle m'a fait d'autant plus de plaisir qu'il y avait déjà quelque temps que je n'avais reçu de tes nouvelles. J'ai été moi-même privée de t'écrire, ayant souffert pendant quelques jours d'un catarrhe humoral. Je me trouve mieux à présent, mais je vois avec peine, par la dernière phrase de ta lettre, que tu ne viens pas à Paris avant d'aller à l'armée, comme on le disait. J'aurais eu bien du plaisir à te voir et j'aurais eu besoin de ta présence pour mes affaires.

Tu sais que l'Empereur m'a donné le palais de Laeken en échange de celui de l'Elysée (1). Toi seul, mon cher fils, aurait pu me servir d'intermédiaire pour me faire connaître les intentions de l'Empereur et fixer mon sort.

Je vois avec peine qu'on ne t'a pas dit vrai pour ce qui regarde mes cousins (2). M. Niepce (3), qui fait leurs affaires, m'a demandé de répondre pour Louis, à l'époque de son mariage, de 60 000 francs, ce que j'ai fait (4) ; à l'échéance, j'ai payé la somme entière. Mon intention n'a jamais été de lui en demander le remboursement mais j'ai été sévère pour M. Niepce, parce qu'il a une mauvaise réputation et qu'il passe pour faire ses affaires aux dépens de mes cousins, le ministre du Trésor (5) m'ayant avertie qu'il disait partout que M. de Tascher lui devait 100 000 écus.

Pour Henry Tascher, j'ignorais qu'il eût besoin d'argent, le roi d'Espagne lui ayant donné un million à l'époque de son mariage (1). J'ai payé pour sa femme une parure de diamants de 30 000 francs. Au mois de janvier dernier j'ai payé pour lui à Le Roy, marchand de modes (2), un mémoire de 32 000 francs.

Quant au plus jeune, je lui fais une pension de 6 000 francs (3) ; cette somme doit suffire, étant logé et nourri chez sa soeur (4), et, de plus, je paye Halna, 100 louis, qui lui donne des leçons (5).
Je donne mille écus de pension à Sanois (6), 12 000 francs à M. Dugué (7), 3 000 francs à M. de Copons (1) ; je paye l'entretien et les lpensions des trois enfants de M. Sainte-Catherine (2), 1 000 écus de pension à Mme Duplessis, qui a accompagné en France la duchesse d'Arenberg (3), 2 000 francs de pension à une Mme de Tascher, dont le mari est en service (4), et une autre pension de 1 000 francs à une dame Tascher, religieuse (5).

Tu vois, mon cher Eugène, que je ne suis pas si mauvaise parente que l'on voudrait bien te le faire croire et que j'ai le droit de faire quelque chose pour les personnes qui sont auprès de moi et qui contribuent tous les jours à me rendre la vie agréable.

Je suis charmée que l'indisposition de tes enfants n'ait pas eu de suite et j'espère qu'Auguste, en avançant dans sa grossesse, souffrira moins.

Adieu, mon cher Eugène, je t'embrasse tendrement.

Joséphine.

(1) Par décret du 10 février 1812, Napoléon avait approuvé l'échange du palais de l'Elysée, donné à Joséphine lors du divorce, contre le château de Laeken, près Bruxelles, acheté en l'an XII par le Premier Consul.

(2) Il s'agit des trois fils du baron Robert-Marguerite Tascher de la Pagerie, oncle de Joséphine. Ces trois jeunes gens, Louis, Henry et Sainte-Rose étaient les cousins germains de l'Impératrice.

(3) M. Niepce était un négociant de Paris, installé rue Neuve-Sainte-Croix.

(4) Louis Tascher de la Pagerie, dont on a déjà rencontré le nom plus haut, qui sera plus tard grand maître de la Maison de l'impératrice Eugénie, avait épousé, le 10 août 1810, Amélie-Thérèse-Marie-Antoinette-Charlotte, fille de Philippe-François, prince régnant de la Leyen.

(5) M. Mollien

(1) Henry Tascher de la Pagerie, né à Fort-Royal le 20 juin 1785, mort à Paris le 19 juin 1816, s'étant attaché à la fortune de Joseph, avait épousé à Paris, le 11 juin 1811, Marie-Marcelle-Adèle Clary, nièce de la reine Julie d'Espagne. Il fut le père de la baronne de Montbrun.

(2) Leroy était, plus exactement, couturier et le fournisseur attitré de Joséphine.

(3) Louis-Robert-Nicolas-Rose Tascher, dit Sainte-Rose, l'avant-dernier des fils de Robert-Margerite, était né à Saint-Pierre le 24 janvier 1792 et mourut au Havre le 25 décembre 1823. Il fut officier d'ordonnance du prince Eugène et épousa à Madrid, en 1816, Caroline de la Cuadra.

(4) Cette soeur était Stéphanie Tascher, née à Fort-Royal le 4 août 1788, morte à Paris le 26 octobre 1832. Créée princesse le 1er février 1808, elle avait épousé le même jour Prosper-Louis, prince d'Arenberg, mais ce mariage ne fut pas heureux et il fut déclaré nul au civil le 28 août 1816 et canoniquement le 26 mars 1817. Le 12 novembre 1817, Stéphanie, devenue ainsi libre, épousa à Paris le marquis de Chaumont-Quitry.

(5) L'abbé Halna, alors bibliothécaire de Joséphine, plus tard chanoine de Notre-Dame et bibliothécaire de Sainte-Geneviève, helléniste et orientaliste.

(6) Gabriel des Vergers de Sanois, fils d'un oncle maternel de Joséphine.

(7) Louis-Jules Lejeune-Dugué, ancien mousquetaire, avait épousé Marie-Paule Tascher de la Pagerie, soeur du père de Joséphine, du baron Robert-Marguerite et de Mme Renaudin. Il avait perdu sa femme en 1795 et était l'oncle par alliance de l'Impératrice.

(1) Françoise-Aimée des Vergers de Maupertuis, cousine de Joséphine, avait épousé Raymond de Copons del Llor, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, président à mortier au Conseil souverain de Roussillon.

(2) Une cousine germaine de Joséphine, Catherine-Louise-Jeanne-Elisabeth des Vergers de Sanois, fille de J.-F. Joseph et de Elisabeth Hodebourg, avait épousé Jean-Jacques-Catherine-Alexandre d'Audiffredi, dit Sainte-Catherine, fils de Louis-Joseph et de Marie-Charles Roblot. En 1805, Sainte-Catherine était venu en France. Sa femme y mourut, laissant trois enfants dont la reine Hortense s'occupa. Elle fit placer les deux filles, Alix, née en 1798, et Joséphine, née en 1806, à Ecouen et fit entrer le fils, Louis-Charles-Alexandre, né aux Trois-Ilets le 13 avril 1799.

(3) Stéphanie Tascher avait quitté la Martinique avec ses deux frères, Louis et Sainte-Rose, en mai 1803. Faite prisonnière par les Anglais et internée en Angleterre, elle n'arriva à Calais que le 18 août 1803. Elle était accompagnée de cette Mme Duplessis qui exerçait sur elle une grande influence et remplissait auprès d'elle les fonctions de dame de compagnie.

(4) Cette Mme Tascher, de la branche cadette, habitait Bordeaux.

(5) Deux grand'tantes de Joséphine, Madeleine et Anne, avaient été carmélites à Blois mais, nées en 1713 et 1724, elles étaient mortes en 1812.

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