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IDENTIFICATION LETTRE : 281

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Portefeuille : I    
Lieu : Saint-Pierre (Martinique)
Expéditeur : Baronne de Tascher de La Pagerie  
Destinataire : Charles de Tascher de La Pagerie
Date républicaine :  
Date grégorienne : 31 mars 1804
 
Cette lettre, Mon Cher Fils, te parviendra par Monsieur Garron (habitant de cette île et négociant en cette ville) qui me promet de te la remettre lui-même et de m'en rapporter réponse dans six ou neuf mois au plus tard. Et tu sens bien, Mon Cher Enfant, avec quel empressement et plaisir je profite d'une si bonne occasion pour te prouver toujours tendresse et souvenir, et te dire combien cette guerre me rend doublement malheureuse puisque je suis privée de vos nouvelle, Mes Chers Enfants, unique consolation que je pourrais encore éprouver loin de vous. Mais Dieu le veut ainsi : que Sa volonté se fasse ; je m'y soumets ; et pourvu, Mes Bons Amis, que le Premier Consul, sa femme, leurs enfants et vous tous, les miens, soyiez heureux et bien portants : c'est tout mon voeu. Et fasse le Seigneur qu'il soit exaucé.

Je te recommande, Mon Cher Charles, très particulièrement Monsieur Garron, notre ami, qui te remettra aussi, et à ta chère cousine, des lettres de ton père qui vous le recommande à tous deux. Fais qu'il la lui remette à elle-même en le lui présentant et recommandant de ma part : ce auquel lui et moi tenons infiniment afin qu'il puisse suppléer aux détails que nous n'avons pas le temps de vous faire à tous deux. Qu'il intercède notre nièce s'il avait besoin de sa protection et nous rapporte des lettres et des nouvelles de vous tous dans six mois ou neuf mois au plus tard suivant son projet et la promesse qu'il nous en fait.

De grâce donc, Mon Cher Tascher, n'épargnez rien pour témoigner à notre ami toutes espèces d'égards, d'attentions et de soins. Et songez que nous y comptons et que j'espère surtout qu'il m'apportera une lettre de chacun de vous, Mes Chers Enfants, et vos portraits chacun. Oui, je vous le demande à tous en grâce, et à toi, Charles, une paire de conserve pour mes pauvres yeux qui me refusent et que les larmes et veilles depuis vos départs, Mes Chers Enfants, ont absolument perdus. A peine je vois ce que je trace ici et n'ai pu m'en procurer de bonne ici.

Voici, Mes Chers Enfants, tout ce que je vous demande et attends de votre tendresse pour moi, que vos images au vrai, loin de flétrir vos traits à tous au naturel et tout bonnement sur un simple ivoire et couvert d'une glace pourvu que je vous voye et contemple chaque matin et mille fois par jour : ce sera un soulagement à mes maux de l'absence mille fois trop cruelle pour moi.

Monsieur Garron, Mon Cher Ami, te dira dans quelle position il nous quitte. S'il faut en croire les on-dit et les préparatifs des chefs, nous devons être attaqués sous peu par les Anglais. C'est une vraie désolation ; toutes les villes déménagent et gagnent les campagnes. Pour moi, Mon Cher Fils, ma confiance est en Dieu et je suis courageuse par cette raison. Je suis donc décidée à rester chez moi avec ton frère, la nourrice et la bonne Dugros. Là, dans mon oratoire, nous prierons pour cette pauvre colonie et ceux qui la défendent pendant que nous serons attaqués et sûrement encore canonnés et bombardés comme en 94, car cette ville ci est sans défense quelconque ; elle est toute ouverte et on peut la prendre bien facilement ainsi que la campagne puisque nous n'avons de troupes qu'à peine ce qu'il en faudrait pour défendre les forts, puisqu'il est fort question d'y mettre la Garde Nationale. Hors donc, Saint-Pierre et les campagnes seront absolument dépourvus de forces.

Voici, Mon Cher Ami, nos projets et notre triste position qui, jointe à la famine, ne laisse pas d'être malheureuse. Ah, que je regrette, Mon Cher Charles, de n'avoir pas suivi ma Stéphanie depuis la déclaration de guerre : je m'en fais le reproche. Je me le suis bien plus fait encore lorsque je l'ai su prise ; et depuis janvier que le blocus est mieux observé (ce qui nous fait craindre d'être attaqués) je me le fais bien davantage. Mais, que faire ? C'est trop tard.

Ta dernière lettre, Mon Fils, est du 1er septembre dernier : je l'ai reçue le 25 décembre, et depuis, plus du tout. Juge de mon chagrin et de mes inquiétudes.

Adieu. Ton frère et moi t'embrassons. Ne m'oublie pas auprès de toute la famille et crois à la tendresse de ta tendre maman et bonne amie.

/ S / le Bonne. de Tascher

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