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IDENTIFICATION LETTRE : 116

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Portefeuille :    
Lieu :
Expéditeur : La Baronne de Tascher de La Pagerie  
Destinataire : Charles de Tascher de La Pagerie
Date républicaine :  
Date grégorienne : 4 août 1804
 
Jour de l'anniversaire de notre chère Stéphanie

Monsieur Bonin arrive, Mon Cher Charles, des Trois Ilets où il a laissé ton père et ta tante en grande joie et n'a pas voulu partir pour la France dans deux jours sans avoir une lettre de moi pour toi. Cette confiance qu'il me témoigne, son propre mérite, l'attachement qu'a pour lui et son père le tien, me fait pour l'obliger prendre la plume à tois heures l'après-midi dans mon cabinet si chaud que tu ne connais pas et dans lequel, à ces heures ci, le soleil donne à plein. Celà doit donc te prouver, Mon Cher Fils, combien je désire obliger Monsieur Bonin que tu connais en te le recommandant très particulièrement et en te priant de le recommander de ma part à ma chère nièce, son digne époux et leurs enfants. Fais leur faire connaissance avec tes frères et engage ta soeur à se joindre à toi dans la recommandation que je fais de lui à Monsieur l'Empereur des Français et à ma chère nièce, sa digne épouse. Et, Mon Cher Enfant, songe que je me repose entièrement et parfaitement sur toi pour faire à Bonaparte le Grand mon compliment de félicitation à son avènement à l'Empire des Gaules tel qu'on le dénomme dans les gazettes anglaises et américaines.

Il me tarde, Mon Cher Ami, qu'il nous vienne des lettres officielles ou de la famille qui nous confirment cette bonne et agréable nouvelle ; alors j'aurai le plaisir d'oser pour la première fois écrire à ce grand homme pour lui témoigner s'il est possible toute la joie, la satisfactionque j'éprouve de le voir ainsi monter et aussi rapidement au fait des honneurs et de la grandeur, ce qui est bien dû à son mérite, de le remercier de tout ce qu'il a eu la bonté de faire pour vous tous, Mes Chers Enfants. Mais, Mon Charles, je crains de ne pas trouver dans notre langue des phrases, des expressions assez fortes pour pouvoir lui peindre en vrai tout ce que mon coeur éprouve à ce sujet ; mais dis lui bien que depuis qu'il a épousé ma nièce que je n'ai cessé de faire des voeux au Ciel pour lui afin qu'il soit toujours maintenu là où il est et y jouisse de tout le bonheur qu'il est possible d'éprouver sur terre. Dis lui bien que ces voeux dans mon coeur n'auront de terme que celui de mon existence ; et dis aussi de même à ma chère nièce, Mon Cher Enfant, combien je suis aise de tout le bonheur dont elle jouit et combien peu j'ai cru à tous ces faux bruits de son divorce que l'on avait fait courir ici sitôt que l'on a su que son époux avait été fait Empereur. Déjà deux fois, Cher Ami, je t'ai écrit à ce sujet ; et si tu as reçu mes lettres, tu as dû bien voir combien je n'y ai jamais crû, fondée sur l'honnêteté, la probité, la religion de son mari, leur attachement mutuel et le mérite de notre chère Yeyette qui, bien assurément, est fait à tout égard pour occuper un trône et n'y sera déplacée en aucune manière quelconque. Voilà Mon Cher Tascher, ma façon de voir et de penser sur son compte et qui durera tant que j'existerai, et même après si c'est encore possible.

J'écris deux mots à ta soeur à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance ; et ci-joint, un duplicata à Madame Louis, ta chère cousine et ma chère nièce, pour la remercier de l'apostille qu'elle a eu la bonté de mettre dans une lettre de Fanfan du 16 août de l'année dernière que je n'ai reçue que le 1er août de cette année et à laquelle j'ai répondu de suite afin de lui prouver, à cette chère nièce, tout le plaisir que m'a fait son souvenir. Je t'ai écrit aussi, ayant reçu une lettre de toi par laquelle tu m'apprenais la prise du brick Le Dard par les Anglais ; par conséquent, ta soeur prisonnière en Angleterre. Je ne sais, Mon Ami, où le paquet a pu rester aussi longtemps et désire que le mien en réponse, ainsi que tous ceux que je t'ai écrits avant et t'écrirai après, n'aient pas le même sort car des lettres d'un an de date ne satisfont pas un coeur maternel tel que le mien ; et je pense qu'il en est de même de vous tous, Mes Bons Enfants, que je crois m'aimer autant que je vous aime tous.

Monsieur Bonin te dira que nos santés sont bonnes et que je suis à la veille d'un déménagement. La maison que j'occupe et dans laquelle tu m'as laissée manquant par le toit et la couverture, je vais prendre la belle maison Armand, vis-à-vis la préfecture, afin de pouvoir aussi offrir à ma belle-soeur des Trois-Ilets un salon et un appartement si l'idée lui vient de venir connaître la ville de Saint-Pierre. J'attends à y être logée pour lui en faire la proposition et ce sera à la fin de ce mois.

Dis-moi, Cher Enfant, as-tu reçu au moins une de mes dix ou douze lettres que je t'écris et dans lesquelles je te prie d'aller au secours de la vieille bonne mère de l'Abbé Garnier qui est dans la gêne, même je crois dans la misère. Je te mandais, et Guignard te dira (quand il sera près de toi : ce qui sera avant que tu reçoives cette lettre) que depuis un an que dure cette guerre où les Anglais nous ont inhumainement bloqués tout le temps, que je n'ai pu vendre de sucre, n'ayant même pu les faire porter dans les deux villes de commerce ; que c'est, Mon Cher Fils, l'Abbé Garnier, comme curé des nègres et le R.P. Théophile comme curé des blancs (tous deux placés par moi dans des temps plus heureux) qui m'ont fait et me font vivre. Oui, Mon Enfant, voilà ma position pour la première fois de ma vie que de vivre d'emprunt. Mais le départ d'Henri, de Louis et surtout de ta soeur et de ton dernier frère m'avait coulée à fond. J'avais tout donné espérant pouvoir recevoir les pièces de mon habitation, les vendre et ne pas manquer de moyens d'existence ; et, point du tout : la guerre est venue ; aussitôt le blocus de manière que les habitants du Vent de l'Ile surtout sont on ne peut être plus malheureux ; et ta pauvre maman est dans ce cas et manque souvent des choses les plus essentielles ; mais elle est chrétienne et sait souffrir les privations pour l'amour de son Dieu à qui elle ne demande que bonheur et bénédiction pour vous tous, Mes Chers Enfants, ainsi que pour l'Empereur, sa femme et leurs enfants.

Mais, de grâce, Cher Ami, va au secours de cette pauvre femme Veuve Jacques Garnier : ce sera d'autant dont tu m'acquitteras envers son bon fils qui nous est attaché, qui lui est attachée et qui est fort inquiète de son sort, vu sa misère. Fais-toi, Mon Ami, donner des reçus par elle et ne me les envoie qu'à coup sûr, c'est-à-dire par occasion sûre afin qu'elles ne se perdent pas.

Plusieurs fois déjà, Mes Bons Enfants, je vous ai demandé, et à ma chère nièce, vos portraits à tous. Je désire que mes lettres vous soient parvenues et qu'elle veuille bien avoir cette bonté et cette générosité pour moi ; mais, de grâce, qu'ils soient bien parfaitement ressemblants et envoyés de manière à ne pas s'égarer ou être pris par les Anglais. Si par cette même voie, Cher Charles, tu pouvais m'envoyer du linon, de la baptiste pour me faire quelques robes, quelques dentelles pour bonnets, des châles noirs et blancs, des gants et bas de soie noirs, quelques éventails et de la toile pour chemises, tu me ferais plaisir car depuis cette guerre nous manquons de tout ; et le défaut d'argent fait que l'on ne peut faire acheter de ces choses aux îles neutres. Enfin, Guignard te dira ma gêne, ma triste et cruelle position de plus d'une manière !

Adieu, Cher Enfant. Je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.

/ S / La Bonne. de Tascher de La Pagerie

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