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IDENTIFICATION LETTRE : 354

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Portefeuille : I    
Lieu :
Expéditeur : la Baronne Tascher de la Pagerie  
Destinataire : à l'un de ses trois fils
Date républicaine :  
Date grégorienne : 21 février 1803
 
Je ne reçois qu'à l'instant, Mon Cher Fils, ta lettre du 3 novembre. C'est la seconde que j'ai eue de toi depuis ton séjour à Paris ; et d'après ma tendresse maternelle parce que c'est insuffisant, que le nombre pour m'encourager à supporter vos absences, mais je ne t'accuse pas car ta seconde lettre ayant été trois mois à se rendre ici, je pense que les autres sont en route ou perdues ; et, dans ce dernier cas, j'en serais fâchée puisque, je te le répète, je n'ai que ce moyen de dédommagement de vous voir loin de moi. Et je compte sur ton attachement et déférence à mes désirs pour avoir cette mince consolation.

J'ai répondu, Mon Cher Ami, à ta lettre du mois d'octobre dernier. Je t'ai mandé, comme je le fais dans celle-ci, toute ma satisfaction de ton heureuse position et ma reconnaissance à ta cousine et au Premier Consul, son digne époux, de la manière qu'ils ont eu la bonté de te recevoir et de la manière qu'ils te traitent depuis que tu es pris. J'ai même écrit à ta cousine et désire qu'elle ait reçu ma lettre en date du 20 novembre dernier. Mais, Mon Cher Enfant, l'idée de ton bonheur actuel dans mon coeur est bien empoisonné par la privation où je suis de savoir ce qu'est devenu ton frère cadet, mon pauvre Henri. Parti d'ici le 23 septembre avec Monsieur de Laboissière, notre ami, par la corvette La Torche, pour Brest, je suis sans savoir ce qu'ils sont devenus. Cependant on dit cette corvette arrivée en cinquante-deux jours de traversée en France ; et après-demain cinq mois qu'ils sont partis et je n'ai pas de lettres d'eux. Toi, Tascher, qui me connaît pour mes enfants, je te laisse juge de ma position ; elle est, je te le jure, bien cruelle et serait difficile à décrire et, d'en parler seulement les larmes me suffoquent. Oui, Mes Chers Enfants, oui ; partez tous puisque Dieu et vous tous le voulez, puisque le Premier Consul et ma chère nièce le veulent et vous y engagent ; mais de grâce, que je sache si vous existez ou non, au nom de Dieu et de la tendresse filiale que vous me devez et que je crois mériter de vous tous. Ecrivez moi au moins deux lettres chacun chaque mois ; du moins sur le grand nombre, j'en recevrai toujours une partie et mettez vos lettres sous le couvert de vos chefs d'ici, surtout pour celles de Monsieur de Villaret, et même sous son couvert seulement : cela serait encore plus sûr pour moi.

Quant à Louis, ton deuxième frère, parti d'ici le 25 octobre par le vaisseau Le Berwick qui a la réputation de marcher fort mal, je n'en suis pas par cette raison autant inquiète que de l'autre ; d'ailleurs, passant par la Méditerranée et par Toulon, il n'est pas étonnant que je n'aie pas encore de ses nouvelles ; et j'ose espérer, Mes Chers Enfants, qu'à la réception de ma lettre vous serez tous réunis à Paris, qu'elle servira pour vous trois, et que mutuellement vous vous embrasserez pour moi. Votre père, votre soeur et vos ceux frères encore ici tous rapport à l'hiver : mais au printemps, Stéphanie partira non par le vaisseau Le Jemappes comme nous l'avions décidé, ce vaisseau devant partir vers le 20 mars et passer par la Guadeloupe, Saint-Domingue et La Nouvelle-Angleterre, et de là à Brest. Ce trajet serait trop long et fatiguant pour ta soeur. Et, par cette raison, j'ai remercié Monsieur de Villeneuve qui le commande, de la bonté qu'il avait eue de me proposer de se charger de ma fille jusqu'à Brest ; et j'attendrai, Mon Cher Ami, en avril ou mai où la saison sera encore plus convenable à son voyage et, soit par un bâtiment de l'Etat ou un bon havrais je l'enverrai avec confiance à sa chère marraine, accompagnée de son parrain Rivecourt, de Monsieur Ferrière-D.... pour mentor ami, et Madame Veuve Duplessis, sa gouvernante pour la traversée et une bonne femme de chambre. J'espère qu'ainsi, voyant si bien escortée, elle arrivera à bon port et promptement à sa chère cousine et marraine.

Quant à Gigi, ma belle-soeur se décide à le faire passer par Le Jemmapes, recommandé à Monsieur Petit, second de ce vaisseau. C'est un garçon et il pourra plus facilement que ta soeur supporter trois mois de mer, d'autant que la mer convient à son asthme qui est presque détruit par l'usage d'une plante en boisson que j'ai découverte il y a trois mois par un pur hasard et qui lui a bien réussi. Je vais lui en donner bonne provision pour le bord et lui en enverrai même en France, car il n'y en a pas, et séchée, elle se conserve et a toujours la même vertu.

Toute la famille, Mon Cher Ami, se porte bien. Mes belles-soeurs étaient la semaine dernière au Fort-de-France chez Jérôme Bonaparte qui les a fêtées ; il a eu l'honnêteté de venir lui-même passer 24 heures ici chez moi pour m'engager à me joindre à elles avec ma Stéphanie ; mais il nous a trouvées fort enrhumées. J'ai même eu de la fièvre pendant quatre jours, raison qui nous a empêchées de nous rendre à son invitation ; et ma belle-soeur a dû partir samedi pour les Trosi-Ilets, et ton père a dû s'y rendre du Vauclin pour assister demain au mariage de Mademoiselle Marlet qui épouse Monsieur D...., major de l'Amiral Villeneuve que je connais et qui est vraiment un charmant garçon.

Ci-joint, Mon Cher, une lettre de ta soeur de la Guadeloupe. Elle a perdu son fils aîné ; elle et son mari se portent bien et sont heureux et tranquilles ; et c'est ce qui me console de son éloignement d'auprès de moi.

Rien de nouveau ici. Tous nos amis et connaissances s'informent de vous trois et prenant de vous le plus grand intérêt, me prient de ne pas les oublier quand je vous écrirai. Nos compliments et amitiés les plus affectueuses à ta chère cousine et à son digne époux. Adieu ; je vous embrasse, Mes Chers Enfants, vous aime de tout mon coeur et pense sans cesse à vous. Faites en de même et croyez toujours à la tendresse sans borne de votre tendre mère et véritable amie.

/S/ la Bonne Tascher de Lapagerie

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